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En plus de la correction professionnelle de tous vos textes, je propose quelques astuces avec ce blog pour répondre aux questions que vous vous posez sur la langue française.

 

 

 

La correction approfondie et professionnelle de manuscrits

09/02/2024

La correction approfondie et professionnelle de manuscrits

Un grand nombre de personnes s’imaginent que la relecture ou la correction d’un texte, c’est du pareil au même, et qu’il suffit d’être assez bon en français pour s’en sortir. Cela dépend en réalité des attentes de l’auteur ou de l’autrice. Un travail amateur peut convenir à quelqu’un qui n’a pas besoin d’un texte perfectionné, par exemple lorsque l’on écrit pour soi-même ou pour un petit groupe sur des forums. En revanche, dès que l’on souhaite que son texte soit professionnel, qu’il soit diffusé largement ou qu’il corresponde à des attentes particulières, il est difficile de se contenter de le faire relire rapidement par un membre de sa famille qui enseignait le français au lycée. Eh oui, corriger un texte, ce n’est pas simplement détecter quelques s oubliés, quelques conjugaisons malmenées, quelques lettres inversées. Revoyons ensemble en quoi consiste la correction approfondie d’un texte et quelle est la valeur ajoutée de cette prestation par rapport à une relecture.

Sommaire


Relecture ou correction approfondie ?


Les raffinements qui font la correction approfondie


Exemple d’application d’une correction approfondie


En résumé, les avantages et inconvénients de la correction approfondie réalisée par un correcteur indépendant

Combien coûte une correction approfondie ?
Références

 

 

1. Relecture ou correction approfondie ?
Je distingue d’abord la correction, ou correction approfondie, souvent désignée par les maisons d’édition comme préparation de copie, d’une relecture. 


Pour ce que l’on nomme relecture sur épreuves, il s’agit de relire (re-lecture, vous l’avez ?) un texte qui a déjà été corrigé (par une ou un professionnel) et mis en pages, afin d’en ôter les coquilles et de vérifier que le travail graphique n’a pas introduit d’erreur (en assurant par exemple le foliotage, la numération des pages). 


Pour la correction approfondie, le correcteur ou la correctrice doit préparer le manuscrit pour l’éditeur, pour qu’il soit quasi définitif en vue de sa mise en pages (préparation de copie, emphase sur le premier terme). On pourrait distinguer préparation de copie et correction, mais en pratique, en tout cas dans ma pratique de correcteur indépendant, c’est une prestation globale. Cela inclut bien entendu la vérification de l’orthographe, des conjugaisons et accords des participes, de la syntaxe, des coquilles et doublons involontaires, et j’en passe. 


Mais proposer un français irréprochable selon certains standards ne permet pas d’assurer le côté professionnel de son manuscrit. Qu’est-ce qui fait qu’un livre, ou plutôt son texte, tel qu’on le lit une fois acheté à la librairie, ressemble à ce qu’il est ? Qu’il est agréable, facile à parcourir, clair ? Qu’aucune ambiguïté ou difficulté ne vient s’interposer entre l’auteur ou l’autrice et la personne qui va découvrir l’ouvrage ? Pour répondre à ces interrogations, il faut mobiliser tout un tas de petites choses que le lecteur ou la lectrice ne percevra même pas : et ça tombe bien, car le but de ces raffinements est non seulement de rester aussi discrets que possible, mais également de fluidifier l’expérience de lecture. Cela représente un travail considérable, très chronophage et quasi invisible à la fin pour le profane.

 

 

2. Les raffinements qui font la correction approfondie
Une fois, alors que je soumettais un devis de correction à un auteur en herbe, celui-ci, en voyant que je comptais le nombre de caractères avec les espaces pour établir mon tarif, m’a simplement répondu sur un ton péremptoire : « Mais, monsieur, les espaces, ça ne se corrige pas ! » Première nouvelle. Rien n’est plus faux, et cela fait justement partie de tous ces détails qui font qu’un texte est professionnel. Sur ce point, je vous renvoie à mon article de blog que vous retrouverez en cliquant ici, si vous souhaitez en savoir plus sur les différents types d’espaces et leurs usages.

 


A. La typographie 

Ce travail considérable, ce raffinement dont je parle est d’une part représenté par la typographie. Typographe, c’est un métier à part entière, c’est une discipline indispensable à tout texte destiné à être lu. C’est un peu comme le saucier des grandes cuisines. C’est grâce à l’orthotypographie que le texte est lisible, que les mots ne se chevauchent pas n’importe comment, qu’ils sont coupés proprement à chaque retour à la ligne, qu’une lettre en italique ne vient pas empiéter sur l’appel de note qui suit, que les dialogues sont aisément compréhensibles par tous sans même avoir besoin d’y penser. 

 

Des tirets et des répliques bien alignés ? Merci la typographie !

Les points d’interrogation ne peuvent se glisser en début de ligne ? Merci la typographie !

L’emploi cohérent de l’italique permet d’immédiatement identifier ici un titre, là un hôtel ? Encore merci la typographie !

 

L’orthotypographie, c’est, je dirais, prendre soin des caractères invisibles du texte et de tout ce qui peut sembler anecdotique afin de soigner sa composition, de l’emploi des majuscules à la ponctuation. C’est un point d’autant plus crucial à l’heure des livres numériques et des liseuses, car la mise en page dynamique générée par l’appareil qui affiche le texte ne fait pas de cadeau à celles et ceux qui oublient l’orthotypographie, avec des mots tronqués, des espaces sans cohérence, une présentation illisible de dialogues, etc. 

Avec la correction approfondie, c’est la ou le correcteur qui insère les données directement dans le document, ce qui facilite son exportation dans différents formats.


Pour celles et ceux que ça intéresse, je conseille l’excellent dictionnaire raisonné de Jean-Pierre Lacroux, Orthotypographie, sous licence libre. 

 

 

B. Le travail de fond
D’autre part, la ou le correcteur en préparation de copie réalise une grande quantité de vérifications de cohérence, de fond. C’est à ce stade que l’on signale qu’un personnage parlait en argot au chapitre 2, et qu’il emploie maintenant au chapitre 4 un langage soutenu alors que ce n’est jamais justifié dans le manuscrit. C’est à ce stade que l’on signale que l’inspecteur Bidule n’appuie pas sur la gâchette, mais bien sur la détente de son pistolet pour faire feu. C’est à ce stade que l’on signale que madame de Machin, dans le cadre d’un roman historique, n’a pas pu s’entretenir avec Louis XIV en 1723, ce dernier étant mort en 1715. Qu’un personnage décrit comme roux est évoqué par sa belle chevelure blonde un peu plus tard. 

 

Vous avez l’idée.

 

La correction approfondie, c’est un accompagnement à tous les niveaux, y compris le fond, c’est une aide à l’auteur ou l’autrice, à qui l’on propose des modifications qui semblent pertinentes.

J’insiste sur le côté proposition : la personne chargée de la correction n’a pas, selon moi, à intervenir directement pour changer le fond d’un texte, mais fait remarquer les incohérences. C’est à l’auteur ou à l’autrice de décider ensuite quoi faire, et il est parfaitement possible d’opter pour quelques incohérences volontaires !

 

 

C. Le travail sur le style
Enfin, dans le cadre d’une correction approfondie, on peut également choisir de retravailler le style du texte, en éliminant les lourdeurs, les répétitions, les verbes ternes ; en reformulant certains passages et réécrivant certaines phrases. Cette démarche est, encore une fois, de l’ordre de la proposition, l’autrice ou l’auteur reste seul maître de son texte. Il s’agit d’une prestation que je propose en option, non incluse dans celle de base, car vous pouvez ne pas en ressentir le besoin ou ne pas souhaiter que le texte soit modifié. 

 

 

3. Exemple d’application d’une correction approfondie

 

A. Document de travail, avant et après correction
Voici un extrait de manuscrit à corriger. Imaginons qu’Arthur Conan Doyle ait eu l’idée de faire appel à mes services pour la version française d’Une étude en rouge (j’ai ajouté les erreurs moi-même…) :

 

« Docteur Watson, Mr Sherlock Holmes dit Stamford en nous présentant l’un à l’autre.
— Comment allez-vous ?” dit-il cordialement
Il me serra la main avec une vigueur dont je ne l’aurai pas cru capable.
« Vous avez été en afghanistan, à ce que je vois !
— Comment diable le savez-vous ? » demandai-je avec étonnement.
– Ah çà !... »
Il rit en lui-même.
« La question du jour, reprit-il, c’est l’hémogmobine ! Vous comprenez sans doute l’importance de ma découverte ?
— Au point de vue chimique, oui, répondis-je mais au point de vue pratique…
-Mais, cher monsieur, c’est la découverte médico-légale la plus utile qu’on ait faite
depuis des années ! Ne voyez-vous pas qu’elle nous permettra de déceler infailliblement les tâches de sang

? Venez par ici !
Dans son ardeur, il me prend par la manche et m’entraîne vers sa table de travail.
« Prenons un peu de sang frais, dit-il. (il planta dans son doigt un long poinçon et recueillit au moyen d’une pipette le sang de la piqûre) Maintenant j’ajoute cette petite quantité de sang à 1 litre d’eau. Le mélange qui en résulte, a, comme vous voyiez, l’apparence de l’eau pure. La proportion du sang ne dois pas être de plus d’un millionième. Je ne doute pas cependant d’obtenir la réaction caractéristique. »
Tout en parlant, il jeta quelques cristaux blancs ; puis il versa quelques gouttes d’un liquide incolore. Aussitôt le composé prit une teinte d’acajou sombre
; en même temps, une poussière brunâtre se déposa.

 

 

Voici le texte avec l’ensemble des corrections appliquées mises en valeur en rouge.

(Note : la plateforme qui héberge ce site ne permet pas de gérer les différents types d’espaces. En fonction de votre appareil et de votre navigateur, il se peut que vous constatiez des incohérences sur les espaces. Sur un logiciel de traitement de texte, ces éventuelles imperfections ne peuvent pas apparaître si le travail sur les espaces a été correctement réalisé.)

 

« Docteur Watson, M. Sherlock Holmes, dit Stamford en nous présentant l’un à l’autre.
— Comment allez-vous ? » dit-il cordialement.
Il me serra la main avec une vigueur dont je ne l’aurais pas cru capable.
« Vous avez été en Afghanistan, à ce que je vois !
— Comment diable le savez-vous ? demandai-je avec étonnement.
Ah çà !... »
Il rit en lui-même.
« La question du jour, reprit-il, c’est l’hémoglobine ! Vous comprenez sans doute l’importance de ma découverte ?
— Au point de vue chimique, oui, répondis-je, mais au point de vue pratique…
 Mais, cher monsieur, c’est la découverte médico-légale la plus utile qu’on ait faite depuis des années ! Ne voyez-vous pas qu’elle nous permettra de déceler infailliblement les taches de sang ? Venez par ici ! »
Dans son ardeur, il me prit par la manche et m’entraîna vers sa table de travail.
« Prenons un peu de sang frais, dit-il. (Il planta dans son doigt un long poinçon et recueillit au moyen d’une pipette le sang de la piqûre.) Maintenant, j’ajoute cette petite quantité de sang à un litre d’eau. Le mélange qui en résulte a, comme vous voyez, l’apparence de l’eau pure. La proportion du sang ne doit pas être de plus d’un millionième. Je ne doute pas cependant d’obtenir la réaction caractéristique. »
Tout en parlant, il jeta quelques cristaux blancs ; puis il versa quelques gouttes d’un liquide incolore. Aussitôt le composé prit une teinte d’acajou sombre ; en même temps, une poussière brunâtre se déposa.

 

 

B. Détails des corrections

Pour corriger ce texte, je vérifie dans un premier temps l’orthotypographie.

– Je m’assure que la présentation des dialogues est cohérente. Dans notre exemple, je vois que le tiret cadratin est utilisé pour introduire les répliques, sauf à deux moments : il y a un tiret demi-cadratin et même un trait d’union qui n’est pas suivi d’une espace insécable, ce qui est incohérent et empêche l’alignement des répliques. 

– Je vérifie que les espaces sont du bon type aux bons endroits. Je constate que l’espace qui précède le point d’interrogation de la huitième réplique est justifiante, alors qu’elle devrait être fine, tout comme celle qui précède le point-virgule de la dernière phrase, ce qui a engendré deux retours à la ligne malheureux. 

– Je corrige également l’emploi des guillemets. Je remplace le guillemet anglais perdu par un guillemet français, je supprime le guillemet en trop et ajoute celui qui manque.


Ensuite, j’entre dans le texte. Je m’assure :

– de l’orthographe ;

– de la grammaire ;

– de la ponctuation ;

– de la syntaxe ;

– qu’il ne faudrait pas passer un terme en italique ;

– etc.

Je vous épargne le compte-rendu complet des modifications et des fautes banales, vous pouvez consulter le texte corrigé ci-dessus, mais je reviens sur quelques points importants pour la correction approfondie de notre exemple.

 

Je procède à diverses vérifications et annotations. 

– Je vérifie que les abréviations sont correctes. Dès la première ligne, je constate que l’abréviation utilisée est Mr, à la place de M. en français, je demande donc en commentaire à l’auteur s’il souhaite rester sur ce modèle pour souligner le côté anglais ou s’il veut passer à l’abréviation française. 

– Je vérifie également que le nom Stamford est écrit correctement, en comparant les différentes occurrences dans le manuscrit. Je liste les noms propres pour référence.
– Je prends note que Watson est étonné que Holmes fasse preuve de vigueur lors de la poignée de mains, ce qui nous éclaire sur la description des personnages et pourrait être utile à l’avenir pour vérifier les éventuelles incohérences.


Pour la cohérence et l’harmonisation :

– je me penche sur la phrase « Dans son ardeur, il me prend par la manche et m’entraîne vers sa table de travail », qui est au présent alors que le reste du récit est au passé ;

– je m’assure que l’écriture des nombres est cohérente (en chiffres ou en lettres, et dans quels contextes). Je corrige ainsi le « 1 litre » par « un litre » et je prends note de traiter les nombres à venir de la même façon.

 

 


4. En résumé
Nous venons de le voir et de le mettre en pratique, la correction approfondie d’un manuscrit est bien plus qu’une relecture de surface dont le but serait seulement de nous débarrasser des fautes d’orthographe. Il s’agit de réfléchir à différentes échelles sur un texte, du plus petit élément (l’espace fine insécable, par exemple, invisible et pourtant essentielle) à la plus grande échelle (comment sont décrits les personnages à l’échelle du manuscrit entier). C’est un travail qui exige une forte implication, une concentration de tous les instants et une curiosité indispensable pour réaliser les diverses vérifications. En bref, c’est une tâche chronophage, qui demande de l’expérience et des compétences qui dépassent la simple maîtrise de la langue ; c’est tout un métier.

 

 

Les avantages de la correction approfondie réalisée par un correcteur indépendant
– Elle permet de corriger les fautes d’orthographe, de grammaire, de syntaxe, etc.
– Elle assure la qualité professionnelle de présentation du texte, notamment grâce à l’orthotypographie, et permet à celui-ci d’être prêt pour la mise en pages définitive à venir.
– Elle garantit la cohérence du manuscrit, tant sur le fond (personnages, histoire…) que sur la forme (emploi de l’italique, des chiffres…).
– Elle entraîne une réflexion, un échange entre correcteur et auteur ; et quoi de plus efficace pour améliorer son texte que d’y réfléchir ?

 

 

Les inconvénients de la correction approfondie réalisée par un correcteur indépendant
– C’est une prestation qui prend un certain temps pour être menée correctement.
– C’est une prestation plus chère qu’une simple relecture de surface, en lien direct avec le temps nécessaire pour la réaliser.
– C’est une prestation qui demande une implication et un travail d’intégration de la part de l’auteur ou de l’autrice, qui, suivant ou non les recommandations, choisit de modifier ou de ne pas modifier son texte. C’est donc une démarche active.

 

 

 

5. Combien coûte une correction approfondie ?

Mon tarif de base pour une correction approfondie est, en moyenne pour un texte littéraire, à 1,50 € les 1000 signes avec espaces.

Cela signifie que si votre manuscrit est de 430 000 signes, votre tarif sera de 430*1,5 = 645 €.

Pour ce tarif pour 1000 signes avec espaces, comptez un peu moins de 1,50 € si votre texte est long, et un peu plus s’il est technique. (Plus le texte est long, et moins le tarif unitaire est élevé.)


Dans tous les cas, mes tarifs de correcteur indépendant sont établis après échange avec vous. Vous pouvez consulter toutes mes prestations à partir de ce lien, et me contacter à partir de cette page.

 

 

Références

CONAN DOYLE, Arthur, Une étude en rouge, texte libre de droits, 1887.


LACROUX, Jean-Pierre, Orthotypographie, sous licence creative commons que l’on peut consulter sur http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/, 2007.

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